Plus généralement, pourquoi certaines personnes semblent avoir toujours de la chance et d’autres jamais ? Qu’est-ce qui pourrait bien expliquer la différence entre ces personnes à qui globalement tout semble sourire tout le temps et celles qui semblent empiler échec sur échec ? N’est-ce vraiment qu’une question de hasard ou bien la réponse ne se trouverait-elle pas ailleurs ? Sommes-nous réellement les victimes impuissantes d’un destin funeste ou bien ne sous-estimerions-nous pas fortement notre part de responsabilité ?

A en écouter beaucoup, c'est bien le sort qui serait responsable de leurs maux, aucun doute là dessus.

- Les mecs c’est comme les emplacements de parking, les meilleurs sont toujours déjà pris et ceux qui restent sont pour les handicapés.

- C’est vrai, à chaque fois que je me lance dans une relation, je finis par apprendre que le type est marié, c’est la troisième fois de suite que cela m’arrive. Je ne suis pas superstitieuse mais là je commence vraiment à me demander si quelqu'un ne m'a pas jeté un sort. Mais où sont les mecs biens et libres ?

- Avec les filles c'est pas mieux! Moi, j’ai beau prendre toutes les précautions, je tombe toujours sur des nanas complètement déséquilibrées, j’ai l’impression que je les attire.

- Ne m’en parlez-pas, je dois avoir la tête d’une bonne poire, je n’arrête pas de me faire avoir. A chaque fois c'est pareil, on me sort le grand jeu et dès qu'il s'agit de s'investir un peu, ça ne rate jamais, les rats quittent le navire. Il n'y a pas un homme pour relever le niveau général.

Est-ce vraiment du à la malchance, à une fatalité à laquelle nous n’aurions d’autres choix que de nous résigner ou à un autre facteur sur lequel nous aurions en réalité beaucoup plus de pouvoir que nous le pensons ? Y a-t-il un moyen d’influer sur le cours de nos destinées lorsque celles-ci semblent inexorablement nous enfermer dans un cercle vicieux ?

C’est à ces questions que je vais tenter de d’apporter une réponse ou tout du moins, un éclairage. Il est vrai que cela est bien commode d’accuser le manque de chance lorsque les échecs s'accumulent. Je commencerai donc par creuser dans cette direction. Qu’est-ce réellement que la chance, peut-on la quantifier et jusqu'à quel point intervient-elle dans nos vies ?

De là je réfléchirai aux réponses alternatives qui pourraient expliquer l’accumulation d’échecs en analysant des cas concrets et en me tournant vers certains concepts que la psychologie moderne nous propose. Enfin, je me questionnerai sur la véritable influence que nous avons sur notre destinée grâce au libre arbitre, à notre volonté.



I - CHANCE ET PROBABILITÉS


Peut-on réellement parler de chance en amour ?

A - Définitions

La chance est la possibilité qu'un événement survienne dans l'avenir (si je lance une pièce il est possible qu'elle retombe sur pile) et la probabilité est une estimation du nombre de chances que cette chose se produise lors de tentatives indépendantes et répétées (sachant que la pièce n'a que deux faces, la probabilité qu'elle retombe effectivement sur pile est d'une chance sur deux, soit 50% de chances).

Bien évidemment, les calculs de probabilité ne revêtent jamais aucun caractère de certitude mais, plus le nombre de tentatives est élevé, plus expérience et calculs tendent à converger.

Illustrons cette affirmation par un autre exemple (car je sais que toutes mes lectrices et lecteurs ne sont pas forcément férus(es) de mathématiques).

Un dé comporte 6 faces. Si je le lance une seule fois il va obligatoirement retomber sur une seule des 6 faces (puisque le dé est conçu de telle sorte que jamais 2 faces ne puissent apparaitre en même temps). J’ai donc une chance sur 6 que le dé sorte le numéro que j’attends. A chaque fois que je lancerai le dé, j’aurai toujours la même chance sur 6 qu'il retombe sur un numéro donné et cela, peu importe mon nombre de lancers (le dé n'ayant ni la mémoire du chiffre sur lequel il est tombé au lancé précédent, ni un nombre de face inférieur ou supérieur d'un lancé à l'autre). Cela est entendu.

Par contre, la probabilité de ne pas tomber sur le même chiffre qu’au lancé précédent augmente en fonction du nombre de lancés. On a mathématiquement déterminé (je vous épargnerai les formules) que le nombre moyen d’essais nécessaires pour tomber sur un chiffre donné est au minimum égal au nombre de choix possibles. Dans le cas du dé, il y a 6 possibilités puisqu'il y a 6 faces. En faisant donc au moins 6 tentatives on a des chances de tomber sur le chiffre qu’on attend.

Par raisonnement inverse, et c'est surtout cela qu'il faudra retenir de ma démonstration, cela veut dire aussi qu'il n'y a pratiquement aucune chance qu'un dé retombe 6 fois de suite sur la même face par hasard (probabilité=(1/6) puissance 6 soit 2,14 chances sur 100 000 que cela se produise).


B - Les limites du hasard

Que peut-on en conclure ?

Simplement que, lorsqu'il ne s'agit que de hasard, pour espérer une seule réussite il faut faire un certain nombre de tentatives (idéalement égal ou supérieur au nombre de choix possibles), ce qui implique fatalement un certain nombre d'échecs (puisque toute tentative qui n'est pas une réussite est forcément un échec). En conséquence, pour les phénomènes réellement aléatoires, un grand nombre de tentatives rend pratiquement impossible toute suite de résultat identique, systématique et consécutive. Autrement dit, plus un même résultat se répète au fil des tentatives moins il y a de chances que ce résultat soit le fruit du hasard (même si cela n'est jamais totalement exclu).

Je décoche une flèche et la place en plein centre d'une cible située à 20 mètres, c'est peut être un heureux hasard. J'en tire quatre de plus et toutes viennent se ficher à quelques millimètres de la première. Quelle est la probabilité de mettre par hasard consécutivement 5 flèches dans le mille ? Nulle. Alors ? N’est-ce toujours qu’un pur hasard ?

Ou encore, pour illustrer cela de façon plus triviale : quand une pot de fleur nous tombe sur la tête une fois c’est peut-être de la malchance, quand plusieurs pots de fleurs nous tombe à nouveau dessus plusieurs fois de suite, la raison est certainement à chercher ailleurs (chez le voisin du dessus qui a un sens de l'humour étrange par exemple).

Oui mais imaginons un instant que lors de l'expérience avec notre dé, ce dernier retombe quand même 6 fois de suite sur la même face. Qu’est-ce qui pourrait l’expliquer, si ça n'est pas le hasard, puisque nous venons de démontrer que c'est presque impossible ?

Les probabilités pour qu’un tel événement se produise avec un dé "normal" sont tellement faibles (certes pas inexistantes mais 0,00214% de chances c'est pas bien lourd) qu’il y a alors fort à parier que la cause soit due à autre chose que la chance elle-même. Quelque chose ou quelqu’un influence physiquement le comportement du dé (dé magnétique, dé pipé, dé plombé, etc..).


C - Si ce n'est plus du hasard, qu'est-ce donc ?

A quoi je veux en venir ?

Il est impératif de prendre conscience que les probabilités d’aboutir de façon aléatoire et systématique à un résultat identique dans la répétition d’un même événement, quel que soit le domaine, sont tellement faibles que, si cela se produit malgré tout, cela ne peut pas être juste une histoire de hasard. Pour faire encore plus court, lorsqu'un phénomène défie toutes les probabilités, toutes les chances sont que le hasard n'y soit pour rien et qu'un ou plusieurs autres facteurs entrent en jeu. Toute la question sera de parvenir à identifier ces facteurs et d'agir sur eux pour altérer le résultat.

Exemple 1 : Dans un immeuble vivent 100 personnes. Si 20 locataires, logeant à des étages différents et qui n’ont pas spécialement eu de contacts entre eux ,souffrent soudainement d’une diarrhée dans la même semaine, c’est étrange mais, sachant que le pourcentage de population sujette à ce type de troubles intestinaux s’élève à 28%, il est possible qu’il ne s’agissent que d’une sacré coïncidence, un malheureux hasard. (chiffre basé sur une étude publiée en mai 2003 dans le numéro 68 du magazine Objectif Nutrition de l’institut Danone, portant sur 4817 sujets représentatifs de la population Française)

En revanche, si ce même événement se produit pour disons 80% de la population de cet immeuble en 7 jours, quelle est la probabilité qu’une telle concentration de cas identiques et défiant à ce point les statistiques se déclare dans la même zone et la même période de temps ? Je ne l’ai pas calculé mais cette probabilité est sans doute très faible. La cause de ce phénomène est donc à chercher ailleurs que dans le hasard. Ça n'est qu'après avoir identifié les causes que je vais pouvoir altérer le résultat et finir par retrouver un nombre de cas concordants avec les statistiques. Je recherche donc le point commun, le liens entre toutes ces personnes malades et mon attention se porte rapidement sur les canalisations de distribution d’eau potable-->cause extérieure et non hasard.

Exemple 2 : J’arrive au casino, je mise à la machine à sous et, dès le 2ème coup, je tombe sur "triple 7" ce qui me permet de remporter 1000 fois ma mise (et faire de moi un homme heureux pour le reste de ma soirée par la même occasion). Là c’est bien de la chance car les probabilités d'un tel jackpot après seulement deux tentatives sont minimes.

En revanche, si continue à jouer 9 998 fois de plus et que je ne gagne plus rien, il est certain que cela ne peut pas être simplement du à de la malchance (même si en ce qui concerne les jeux de hasard en France, les machines sont programmées pour ne redistribuer que 88% des gains aux joueurs de façon aléatoire). Seule explication possible : la machine aura été truquée pour ne redistribuer que 10% des gains --> cause extérieure et non hasard.

Attention, je ne dis pas que le hasard n’existe pas mais simplement que des échecs (ou des succès) à répétition ne relèvent que très rarement de la chance.



D - Appliquons nos observations sur la chance à la question des rencontres amoureuses.

A nouveau célibataire, je décide de sortir une fois par semaine dans une soirée (after-work) dans le but de faire des rencontres et me retrouve 4 fois par mois aux côtés de femmes célibataires, à chaque fois différentes, bien ciblées c'est à dire à qui je suis susceptible de plaire et inversement (même tranche d’âge, même milieu, etc..). Si dès la première soirée, c’est le coup de foudre avec la première que j'aborde et qu’une longue relation amoureuse s’en suit, c’est clairement de la chance. La probabilité de tomber sur mon "âme-soeur" dès la première tentative étant faible.

En revanche, si à chaque soirée j’aborde en moyenne 2 femmes, et qu’après un an (56 soirées, soit plus de 100 femmes avec qui j'aurai fait connaissance) cela n’a toujours pas débouché sur la moindre relation satisfaisante, est-ce vraiment de la malchance ? C’est possible mais peu probable. A moins d'un complot, il n’y a aucune raison pour que sur 100 tentatives, je ne sois toujours tombé que sur des personnes "incompatibles" avec moi. Le problème est donc à chercher ailleurs et ne relève pas d'une quelconque fatalité (par exemple, je ne me suis pas rendu compte que c'était des after-work gays et lesbiens).

S’en remettre à la malchance pour expliquer nos échecs successifs est scientifiquement faux, nous l'avons vu au début de ce chapitre, c'est un argument qui ne tient pas la route devant l'analyse. Pour parler clairement : se planter à répétition en amour ne peut pas être du au hasard.

Soyons réalistes, le "sort" n’est pas muni d’un détecteur qui ne ciblerait toujours que les mêmes personnes dans les mêmes circonstances.

Si on veut avancer il est crucial de prendre conscience que l'excuse du hasard n'est rien d'autre qu'un écran de fumée nous empêchant de voir la réalité en face. C'est aussi et surtout le meilleur moyen pour s’enliser dans un cercle vicieux.

Nous ne pouvons tirer les leçons de nos expériences et corriger nos erreurs que dans la mesure où nous avons conscience d'en commettre. L'argument "chance" nous en empêche. La chance ne dépendant pas de nous, en s’en remettant à elle pour expliquer nos échecs, nous sommes voués à la résignation et à l’immobilisme, persuadés que quoi qu’on fasse cela n’y changera rien--> position de victime passive.

A l’inverse, si nous comprenons intimement qu'à partir d'un certain point, les problèmes (ou les succès) ne relèvent pas plus de la chance, il nous sera plus aisé de nous remettre en question lorsque nous nous retrouverons dans une impasse car nous saurons qu'en réalité le problème n'est pas hors de notre contrôle.

Pour répondre à la question de départ de ce chapitre : Peut-on réellement parler de chance en amour ? La réponse est ; oui dans un certaine mesure mais pas au-delà. Un trop grand nombre de coïncidences doit vous mettre la puce à l'oreille et quand les événements défient les probabilités il faut rapidement ouvrir les yeux et arrêter de se dire "c’est la faute à pas d’chance", laisser tomber ce faux prétexte et commencer à chercher l'explication ailleurs.



II - EXPLICATION ALTERNATIVE


OK, je suis d'accord pour ne plus expliquer mes échecs par un manque de chance chronique et des hasards malheureux, mais alors, qu'elle est l'explication alternative ?

Pas la peine de chercher très loin pour la trouver, l'explication c'est SOI-MÊME !

Il y a un moment où il faut se rendre à l’évidence, nous sommes le plus souvent responsables de ce qui nous arrive même lorsque les situations semblent s'imposer à nous et ne pas dépendre de nous.


Démonstration par l'exemple

Je me souviens d’une fille, Valérie qui, il y a quelques années, relatant ses relations passées, me disait qu’elle n’avait jamais eu de chance car elle était toujours "tombée" sur des types violents. Il ne s’agissait pas d’une expérience isolée mais pratiquement de toutes ses relations (de l’ordre de 3 ou 4 sur 5). Bref, 80% du temps elle se retrouvait avec un homme qui finissait par la battre.

Il n'existe pas de recensement des hommes violents mais les statistiques nationales établies par l’ONDRP en 2012 (observatoire national de la délinquance et des réponses pénales), rapportent que 1,84% de femmes (sur un échantillon de 67000 personnes de 18 à 75 ans) ont déclarées être victimes de violences conjugales. Ces relations étant monogames et à priori hétérosexuelles, on peut donc légitimement extrapoler un pourcentage équivalent de partenaires masculins violents.

Si on s’en tient à ces statistiques, en se lançant dans une relation avec un homme pris complètement au hasard dans la foule, il y aurait donc moins de une chance sur 50 qu’il s’avéra être violent. Selon les mêmes chiffres, pour tomber par hasard sur 4 hommes violents il faudrait statistiquement avoir vécu précisément 217 relations ! Et malgré cela, pour connaitre le même taux de relations violentes, il n’a suffit à Valérie que 5 histoires. L’écart hallucinant entre 5 et 217 ne vous met-il pas la puce à l’oreille ?

Elle se l’expliquait par la malchance puisqu’elle même ne faisait rien de particulier pour provoquer des rencontres avec des hommes violents (ça n’était pas inscrit sur leur front) et qu'au départ ils paraissaient normaux.

À l'époque je ne trouvais pas de causes plausibles pour expliquer une telle poisse mais ce qui était certain pour moi en revanche c’est qu’un tel taux d’échecs consécutifs avec le même type d’hommes ne pouvait pas juste relever de la coïncidence et du hasard. Ça n’est que beaucoup plus tard que j’ai pu trouver l'explication et celle-ci concorde bien avec ma thèse qu’il n’y a pas de victimes à répétition par hasard.

Plusieurs études menées depuis une dizaines d’années par divers chercheurs en psychologie (entre autres K.Dutton, Oxford, Grande-Bretagne - A.S Book, Brock University, Canada) au sujet des psychopathes ont démontrées qu’il existait des "profils de victimes" et que les psychopathes savaient discerner dans une foule les personnes vulnérables, fragiles et facilement "victimisables" de celles qui étaient fortes, équilibrées et donc plus difficilement manipulables.

Pour étayer cette affirmation, l’expérience suivante a été menée par le Docteur Angela S. Book (chercheur en criminologie) et relatée dans le documentaire "Je suis un psychopathe" (de Ian Walker, 2009, Arte). Elle a filmé de courtes séquences, caméra fixe, montrant simplement à chaque fois une personne différente, de dos, marchant d'un bout à l'autre d'un couloir (donc visage et expressions faciales dissimulés). Certaines de ces personnes ayant été victimes d’agressions et d’autres jamais. Puis, sans spécifier qui étaient des victimes et qui n'en étaient pas, elle a diffusé ces séquences à des psychopathes en leur demandant de désigner les personnes qui seraient pour eux des proies potentielles idéales.

Pas une seule fois les psychopathes ne se sont trompés. Rien qu’en observant un individu déambuler 50 secondes de dos ils ont systématiquement désigné les victimes d’agressions sans ne jamais faire la moindre erreur. Cette expérience prouve que, à l'instar de superprédateurs comme les lions ou les tigres qui repèrent instinctivement un animal fragile, malade ou blessé au sein d'un troupeau d'antilope, les psychopathes sont eux aussi dotés de facultés que nous ne possédons pas et savent naturellement décoder les signes (ici, le langage corporel) de faiblesse et de vulnérabilité chez les autres. Dès lors, il n’est pas étonnant que ce soient toujours les mêmes personnes qui se fassent agresser et pas les autres. Cela n’a effectivement rien à voir avec le hasard ou le sort qui s’acharnerait toujours sur les mêmes, au contraire, c’est froidement rationnel, logique, calculé et cela s'explique scientifiquement.

Valérie avait très certainement un tel profil et les hommes violents cherchant une proie docile pour exercer leur domination devaient la flairer à des kilomètres simplement par son attitude. Quand à elle, elle aurait pu repousser ces hommes dès le départ mais elle ne le faisait pas. C’est donc bien elle qui, par son comportement (même inconscient) et ses choix, était seule responsable de ce qui lui arrivait même si, en apparence, rien ne lui laissait supposer qu'elle y soit pour quelque chose.

Cela dit, la question se pose de savoir ce qui pousse certaines personnes à répéter indéfiniment et inconsciemment les